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Posts Tagged ‘bleu de france’

Trésor

Saint jour de Pentecôte

Pour nombre de nos contemporains, trésor signifie biens matériels dont on doit s’emparer. Il en était bien autrement dans les mondes plus anciens. Beaucoup de Légendes parlent de trésors enfouis ou cachés : Niebelungen, Toison d’Or, Graal…Il s’agit avant tout d’un trésor symbolique, fruit d’une quête spirituelle, intérieure, à mener. Langage symbolique difficile à appréhender dans notre monde moderne.

Α†Ω

Contes de France et de Terre Sainte – Attribués au Ménestrel de Reims (c. 1250), traduction par Henri Longnon – Collection Delphica, Éditions I A C, Lyon, 1949.

Où le Poète retrouve le Roi que l’on avait perdu

Nul ne savait nouvelles du roi Richard que le duc d’Autriche tenait en prison, fors seulement le duc et ses conseillers. Or un ménestrel, qui avait nom Blondel [de Nesles] et que le roi avait nourri dès l’enfance, se résolut à l’aller quérir par toutes terres, jusques à tant qu’il en aurait nouvelles. Il se mit à la voie, et tant alla par les étranges contrées qu’il demeura bien un an et demi, sans pouvoir ouïr vraies nouvelles du roi.

Tant il erra qu’il entra en Autriche, ainsi qu’aventure le menait, et s’en vint droit au château où le roi tenait prison. S’étant hébergé chez une femme veuve, il lui demanda à qui était ce château, si beau, si fort et bien assis. « Au duc d’Autriche, répondit-elle. – Belle hôtesse, reprit Blondel, y a-t-il ores nul prisonnier dans le château ? – Certes oui, dit la femme. Il y a bien quatre ans qu’il y en a un. On ne peut savoir qui il est ; mais comme on le garde bien et soigneusement, nous croyons bien qu’il est gentilhomme et grand seigneur. »

A ces paroles, Blondel fut joyeux à merveille : il lui semblait en son cœur qu’il avait trouvé ce qu’il cherchait ; mais il n’en fit semblant à son hôtesse. La nuit, il fut mout aise et dormit jusqu’à l’aube. Et, quand il ouït le guetteur corner le jour, il se leva et alla au moutier prier Dieu de lui aider. Puis il vint au château et se présenta au châtelain : il lui dit qu’il était ménestrel, et qu’il demeurerait mout volontiers avec lui, s’il voulait. Le châtelain était chevalier jeune et galant : il le retint aussitôt.

Adonc Blondel, tout heureux, s’en alla quérir sa vielle et ses instruments. Et tant il servit le châtelain qu’il lui plut fort, et fut très bien reçu de ceux de léans et de toute la mesnie. Il demeura ainsi tout l’hiver ; mais onques il ne put savoir qui était le prisonnier.

Or, un jour des fêtes de Pâques, étant allé tout seul en un jardin qui était près de la tour, il regarda de ce côté, pensant si, par aventure, il pourrait voir le prisonnier. Comme il était en cette pensée, le roi regarda par une archère et vit Blondel. Il se demandait comment il se pourrait faire connaître à lui. Il lui souvint alors d’une chanson qu’ils avaient faite ensemble, et que nul ne savait qu’eux seuls, et il commença d’en chanter le premier couplet, haut et clair, car il chantait très bien. Quand Blondel l’ouït, il reconnut son seigneur, et reçut en son cœur la plus grande joie qu’il eût eue onques à nul jour. Atant il se partit du verger, vint en sa chambre, prit sa vielle et commença à vieller un air ; et en viellant, il se réjouissait pour son seigneur qu’il avait retrouvé. Ainsi demeura Blondel jusques à la Pentecôte ; et si bien se couvrit que nul de léans ne s’aperçut de son affaire.

Enfin Blondel vint au châtelain et lui dit : « Sire, s’il vous plaisait, je m’en irais en mon pays, car grand temps y a que je n’y fus. – Blondel, beau frère, vous ne le ferez pas, si vous m’en croyez ; mais demeurez encore et je vous ferai grand bien. – Certes, sire, ce dit Blondel, je ne demeurerai en nulle manière. » Quand le châtelain vit qu’il ne pouvait le retenir, il lui octroya congé et lui donna roncin et robe neuve.

Blondel alla tant par ses journées qu’il revint en Angleterre, et dit aux amis du roi et aux barons qu’il avait trouvé le roi. Ces nouvelles les rendirent très heureux, car le roi était l’homme le plus large qui jamais chaussa éperons, et ils résolurent ensemble d’envoyer en Autriche deux chevaliers des plus vaillants et des plus sages, pour racheter le roi au duc.

La rançon, sitôt appareillée, fut portée au duc, qui délivra le roi et lui fit donner bonne sûreté pour l’avenir.

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L’histoire, telle qu’elle nous fut enseignée pendant des années, parlait de l’Humanisme comme  d’une notion née à la Renaissance et ayant trouvé son plein épanouissement au Siècle dit « des Lumières ». C’était ignorer la grande considération portée à l’Homme au Moyen-Âge, ce qui me semble être la vraie définition de l’Humanisme. Sainte Hildegarde ne définit-elle pas l’Homme comme la somme des perfections du monde créé ?

Sainte Hildegarde de Bingen (1098-1179), abbesse bénédictine

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Dieu, Toi qui as fait admirablement toutes choses, Tu as couronné l’homme de la couronne d’or de l’intelligence ; et Tu l’as revêtu du vêtement superbe de la beauté visible ; en le plaçant ainsi, comme un prince, au dessus de Tes ouvrages parfaits, que Tu as disposés avec justice et bonté parmi Tes créatures. Car Tu as octroyé à l’homme des dignités plus grandes et plus admirables qu’aux autres créatures.

Dans la forme de l’homme, c’est la totalité de Son œuvre que Dieu a consignée.

Hugues de Saint-Victor (12ème siècle)

Dieu n’a pas voulu seulement que le monde soit, mais qu’il soit beau et magnifique.


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Une plume

Les contes renferment souvent une Sagesse qu’il importe de savoir reconnaître par delà l’histoire racontée aux enfants. Celui-ci nous vient d’Afrique.

Kassa Kena fut autrefois le héros le plus puissant, le plus redouté et le plus aimé du peuple Mandingué. Il tua un jour l’oiseau Konoba qui vivait dans une forêt montagneuse. Ce monstre était si gigantesque qu’il obscurcissait le ciel quand il déployait ses ailes. Il pouvait cependant se faire aussi petit que le poing d’un enfant. Il se nourrissait de la force même de ses ennemis. Kassa Kena le vainquit après un rude combat. Konoba était à terre lorsque notre héros vit une plume se balancer au dessus de sa tête et se poser sur son front. Il courba l’échine, tomba sur les genoux et se retrouva terrassé par ce fardeau inattendu. Il eut beau gronder, se débattre, implorer secours, rien n’y fit, il ne put l’ôter de sa chevelure. Vint à passer alors sur le chemin une vieille femme, portant sur son dos un petit enfant qui savait tout juste marcher. Kassa Kena lui demanda son aide. Elle fit descendre l’enfant qui se pencha, souffla… et l’on vit la plume s’envoler. L’enfant en fit son jouet. Le guerrier, libre mais déconcerté, s’en revint dans son village. Il y conta son aventure à l’ombre de l’arbre à palabres. L’histoire dite, un silence perplexe se fit dans l’assemblée. C’est alors qu’un aïeul pris de sommeil se leva pour aller dormir : « Pour qui ne sait rien de l’oiseau Konoba, une plume est une plume, dit-il en baillant. Bonsoir, hommes. » Kassa Kena baisa les mains de ce sage et, de ce jour, s’appliqua à la conquête d’un bien qui lui parut plus précieux que la Force : l’Innocence.

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Pour une approche traditionnelle et spirituelle de l'Histoire royale de France : les quatre rois Louis.

     L'Histoire de la Royauté en France a ceci d'extraordinaire qu'elle compte des figures royales d'exception, participant du "Mystère" français. Clovis, la Convertion, la descente du Saint Esprit portant la Sainte Ampoule, première alliance privilégiée entre le Ciel et la Terre de France. Louis IX, la Sainteté, modèle de Roi, qui fut véritable Soleil de Justice. Louis XIII, la Reconquête sur les forces obscures (à la suite de son père Henri IV, la Réconciliation des forces vives), ouvrant la voie à la Révélation du Sacré Coeur par Sainte Marguerite Marie Alacoque, Révélation dont son fils, Louis XIV, ne sut pas reconnaître la portée supérieure. Louis XVI, le Martyre, renouvelant l'Alliance par la douleur, le sang et le sacrifice.

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Quelques pistes de lecture :

Henry MONTAIGU – La Couronne de Feu, Symbolique de l'Histoire de France – Claire Vigne Editrice, 1995.

René GUENON – Le Roi du Monde – NRF Gallimard, 1985.

Jean HANI – La Royauté sacrée, du Pharaon au Roi Très Chrétien – Guy Trédaniel, 1984. (Nota : j'ai 2 exemplaires de cet ouvrage, si vous êtes intéressé(e), je peux vous en céder un). 

Jean PHAURE – La France Mystique, Réflexions méta-historiques sur l'Histoire de France – Dervy Livres, 1986. (Nota : j'ai également 2 exemplaires de cet ouvrage).

Grégoire de Tours – Histoire des Francs (= Gesta Francorum) – Traduction d'Henri LATOUCHE – Les Belles Lettres, 1995.

Régine PERNOUD – Saint Louis de France, Un chef d'Etat – Gabalda, 1960.

Régine PERNOUD – Le Siècle de Saint Louis – Hachette, 1970.

Régine PERNOUD – Saint Louis et le Crépuscule de la Féodalité – Albin Michel, 1985.

Régine PERNOUD – La Reine Blanche – Albin Michel, 1972.

Louis VAUNOIS – Le Roman de Louis XIII – Grasset, 1932.

Louis VAUNOIS – Vie de Louis XIII – Grasset, 1943. 

Jean Baptiste CLERY, Valet de Chambre du Roi – Journal relatant la captivité de Louis XVI – Jean de Bonnot, 1966.

Jean CHALON – Chère Marie Antoinette – Librairie Académique Perrin, 1988.

 

 

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"Il y a de nombreux chemins qui conduisent au sommet d'une seule et même montagne ; leur différences sont d'autant plus apparentes que nous sommes plus bas, mais s'évanouissent au sommet ; chacun prend naturellement celui qui part du point où il se trouve lui-même ; celui qui tourne autour de la montagne pour en chercher un autre n'avance pas dans son ascension." – Ananda K. COOMARASWAMY

 

Prieuré Notre Dame de Serrabone – Evêché d'Elne-Perpignan – Roussillon

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     Nous sommes dans la région aride de l'Aspre ; un torrent, le Boulès, coule à nos pieds ; la route s'enroule doucement autour des montagnes. Après avoir parcouru des monts dénudés, nous trouvons une "Serra bona", éperon dressé entre les vallées de la Têt et du Boulès. Nous gravissons la pente au milieu de milliers de fleurs ; en mai et juin, c'est un éblouissement ; la montagne n'est qu'un immense bouquet. Les pentes assez douces favorisèrent, autrefois, les cultures en terrasses. C'était la "Bonne montagne" qu'arrosent des torrents dont les eaux sont "aigrelettes, acidulées et rafraîchissantes". – (D'après A.-F. MARE VENE, "Serrabone", Editions du Cadran, Paris, 1970).

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     Ananda K. Coomaraswamy (1877-1947), fils d'un juriste d'origine indienne et d'une Anglaise, fut un grand connaissant de la philosophie, des religions et des arts orientaux, mais aussi de la pensée de l'Occident où il vécut de longues années. Il sut bâtir de salutaires ponts entre l'Orient et l'Occident, par une précieuse analyse de l'hindouisme et du bouddhisme, qu'il sut confronter aux grands courants de la pensée occidentale et en tirer d'admirables enseignements.

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« A Toulouse, l’axe de la grande rue*, qui part de la place et du quartier Saint Michel** au sud, passe par la porte Narbonnaise (château comtal***) pour aboutir à la place du Capitole****, se transforme alors en trident régulier. La voie médiane, que commande le « pivot » de la vieille église du Taur*****, trouve en Saint Sernin son lieu sacré, et en quelque sorte son Nord idéal. Il y a là une référence certaine à la quête du Dieu transcendant, à la Tradition primordiale, à ce royaume de la Connaissance antérieure que les Grecs****** identifiaient avec l’Hyperborée, et il ne serait pas alors impossible de voir en Toulouse une Thulé méridionale. » – Henry MONTAIGU, « Toulouse, Mythes et Symboles de la Ville-Rose » – Claire VIGNE-Editrice, Septembre 1995.

Basilique Saint Sernin – Archevêché de Toulouse – Languedoc

Toulouse - Saint Sernin - ChevetToulouse - Saint Sernin - Coupole de la croisée du transept - 21Toulouse - Saint Sernin - Christ en Majesté - 15Toulouse - Saint Sernin - Tribunes - 25Toulouse - Sceau de Saint Sernin

 

 

Notae – *Le « Cardo Maior » antique ; **A Saint Michel étaient situées les nécropoles antique et paléochrétienne ; ***Siège du pouvoir seigneurial ; ****Siège du pouvoir civil ; *****Lieu du martyre de Saint Saturnin ou Sernin, lié à un taureau rendu furieux et traîné dans les rues de la Cité ; ******Les Volques Tectosages, peuple celtibérique habitant la région de Toulouse avant la conquête romaine, avaient, lors d’une campagne guerrière, pillé le Temple de Delphes, ramené son Trésor disparu depuis lors et devenu Légende : l’Or de Toulouse.

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     "La beauté se tient immobile en dehors du temps, au sein d'un profond et mystérieux silence" – Saint Augustin.

 

Saint Michel de Cuxa, abbaye romane – Evêché d'Elne-Perpignan – Roussillon

Saint Michel de CuxaSaint Michel de Cuxa - Croisée du transept NordSaint Michel de Cuxa - Crypte

     Âge roman : Une chronique juste pour avoir la joie de contempler de belles choses.

 

Nota – Les photos sont extraites du numero 37bis de la revue "Zodiaque" (aujourd'hui disparue).

 

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