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Archive for août 2009

LIVRE ONZIEME (4)

Métamorphose de Lucius

   Mais voici que l'heure approche, l'heure marquée pour mon sort et mon bonheur par la bienveillante Isis. Portant avec lui mon salut, le grand prêtre s'avance, vêtu tel qu'elle me l'avait dépeint : il tient à sa main droite le sistre de la Déesse, et pour moi, oui, pour moi-même une couronne, puisque après avoir surmonté tant et de si grands travaux et couru tant de dangers, je déjouais, par sa providence, les assauts de l'implacable Fortune. Et, bien que subitement pénétré de joie, je ne m'emportai pas ; je craignis que l'élan d'un quadrupède ne troublât l'ordre du cortège ; mais d'un pas lent, d'un pas d'homme, et me faufilant parmi le peuple qui se rangeait comme s'il fût inspiré, je me glisse peu à peu. Le prêtre alors, ainsi qu'il me parut, se rappelant le nocturne oracle et frappé de ce rapport avec l'ordre qu'il portait, s'arrête aussitôt, de lui-même étend sa main, et présente la couronne à ma bouche. Avide, je saisis avec un tremblement, un redoublé battement de coeur, cette couronne tressée de roses vermeilles, et je la dévore.

   Et la céleste promesse ne fut pas vaine. Sur-le-champ disparaît ma figure hideuse et bestiale ; et mon dégoûtant poil tombe d'abord ; puis, mon cuir épais s'amincit, mon large ventre se rétrécit, mes sabots se divisent en doigts, mes mains, rendues à leurs fonctions, se redressent et ne sont plus des pieds, mon cou s'élève et s'abrège, mon visage et ma tête s'arrondissent, mes longues oreilles reprennent leur petitesse, mes dents énormes s'amoindrissent ainsi que celles de l'homme, et cette queue surtout, qui me désolait, reste invisible. La foule d'admirer ; les personnes pieuses d'adorer et la manifeste puissance de la Déesse, et cet éclatant miracle, pareil aux prestiges de la nuit, et la facilité de la métamorphose, et tous, d'un seul cri, de proclamer, les mains au ciel, ce mémorable bienfait.

   Pour moi, saisi d'étonnement et ne pouvant suffire à l'excès, à la rapidité de ma joie, j'étais immobile en silence ; et j'hésitait quels seraient préférables mes premières paroles, mon nouvel exorde ; quel discours, à la renaissance de ma voix, serait d'un heureux augure, et par quelles expressions je rendrais à cette grande Déité de dignes actions de grâce.

   Le grand prêtre, quoique instruit par la Déessede tous mes maux depuis ma disgrâce, demeurait toutefois également surpris de cet étrange miracle, et d'abord ordonna d'un signe qu'on me donnât une robe de lin pour couvrir ma nudité. Aussitôt l'un des prêtres, qittant sa première robe, la jeta sur moi promptement.

   Cela fait, le grand prêtre me fixant d'un air étonné, mais riant et plein de bienveillance, me dit : "Lucius, après tant de divers travaux, de rudes assauts, livrés par la fortune, et d'affreuses tempêtes, enfin tu es au port du repos, à l'autel de la Miséricorde. Ni ta naissance, ni même ce mérite personnel qui t'honore n'ont pu servir à éclairer ta folle jeunesse : tu as été puni de ta fatale curiosité. Mais puisque l'aveugle malice de la Fortune, alors qu'elle te plongeait en d'affreux dangers, t'a conduit jusqu'à Isis, qu'elle aille maintenant épuiser sa fureur et qu'elle sévisse contre d'autres : elle ne peut appesantir une main ennemie sur la tête de celui que notre sublime Déesse admet sous ses lois. Ce joug, ces brigands, ces bêtes féroces, prêtes à te dévorer, ces chemins rudes mille fois battus dans tous les sens, chaque jour l'aspect effrayant de la mort, tous ces coupables efforts de la Fortune, qu'ont-ils produit ? Désormais une fortune brillante, dont le foyer illumine les autres Dieux même, te couvre de son égide.

   "Prends donc un visage plus gai, plus séant à la blancheur de ta robe, et d'un pas triomphant, accompagne le cortège de la Déesse libératrice. Grande Isis ! par ta providence, l'heureux Lucius, libre de ses premiers malheurs, triomphe de sa fortune."

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LIVRE ONZIEME (3)

Hommage à Isis

   Bientôt, chassant l'épaisse obscurité de la nuit, le soleil se lève et dore la nature ; et, formant une marche religieuse et triomphale, une foule immense inonde tous les chemins. Telle me semblait être, sans parler de celle qui m'animait, l'universelle hilarité, que je la voyais s'étendre jusque sur les animaux, et que les maisons et le jour prenaient même une face plus riante : car la douce chaleur d'un radieux soleil succédait à la gelée blanche de la nuit ; et les oiseaux, réjouis par le souffle du printemps, remplissaient l'air de leurs chants mélodieux, et, par leurs doux concerts, saluaient la Mère du temps et des astres, la Reine de l'univers. Que dirai-je ? Les arbres mêmes, et ceux qui portent des fruits et ceux qui sont stériles et ne donnent que de l'ombrage, ravivés par les vents du sud, embellis par leur verdure naissante, rendaient, à la douce agitation de leurs branches, un agréable murmure : l'Océan ne faisait plus gronder ses orages, l'onde aplanie et calme lavait paisiblement la plage, et le ciel, pur de nuages, était inondé des flots de sa propre lumière.

   Au milieu de cette vagabonde mutitude et de ces réjouissances, s'avançait le cortège de la Déesse protectrice. Des femmes, à la robe d'une éblouissante blancheur, portaient gaiement divers objets, et, couronnées de fleurs printanières, puisaient dans leur sein les fleurs dont elles semaient le chemin du sacré cortège ; d'autres avaient à leur dos des miroirs qui réfléchissent à la Déité sa suite, qu'on eut dit venir à sa rencontre ; d'autres, des peignes d'ivoire à la main, feignaient, au mouvement de leurs bras et de leur doigts, de peigner et d'ajuster la divine chevelure ; d'autres enfin arrosaient le sol de leurs parfums et d'un baume fécondant qu'elles épanchaient goutte à goutte.

   Une foule immense des deux sexes portait aussi des flambeaux, des torches, des cierges et d'autres lumières, afin, par ces feux, de se rendre favorable celle qui fait briller les astres. Puis venaient des musiciens, dont les chalumeaux et les flûtes rendaient une symphonie douce et mélodieuse, et que suivait un riant choeur de jeunes garçons bien choisis, richement vêtus de blanches tuniques, et, par reprise, entonnant un poème agréable, explicatif de ces jeux et dicté par les Muses à un poète ingénieux. 

   A ces chants, préludes à de plus grands hommages, se mêlaient des joueurs de flûte consacrés au Grand Sérapis, et qui, dans le temple de ce Dieu, jouaient ordinairement des airs en son honneur sur leurs flûtes traversières ; tandis que des hérauts proclamaient qu'on eût à laisser un libre passage aux images des Dieux. Alors se pressaient la foule des initiés aux divins mystères, de tout sexe, de tout âge, de toute condition, et vêtus de lin d'une neige éblouissante ; les femmes, leurs cheveux imbibés d'essence et pris dans un voile transparent ; les hommes, la tête rase et luisante : et ces astres terrestres d'une religion sublime, perçaient l'air des sons aigus de leurs sistres d'airain, d'argent, et même d'or. Mais les premiers d'entre les prêtres, ceints de toges blanches qui retombaient à leurs pieds, portaient les symboles des grands Dieux.

   Le premier tenait une lampe qui jetait une vive lumière, et qui différait de celles qui servent à éclairer les repas du soir : c'était une gondole en or, du milieu de laquelle s'échappait une large flamme. Le second, vêtu de même, soutenait à deux mains de petits autels, proprement dits auxiliaires, à cause de la secourable providence de la grande Déesse. Le troisième portait le caducée de Mercure, avec une palme à la feuille d'un or artistement élaboré. Le quatrième montrait le symbole de la Justice, figurée par une main gauche ouverte, qui, de sa nature nullement agissante, nullement rusée, nullement habile, semblait mieux convenir à la Justice que la droite ; et ce même prêtre tenait un petit vase d'or arrondi en forme de sein, et dont il épanchait du lait. Le cinquième portait un van d'or chargé de petits rameaux d'or ; et le sixième une amphore.

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LIVRE ONZIEME (2)

Paroles d'Isis à Lucius

"Je viens à toi, Lucius ; tes prières m'ont touchée, moi, la mère de toute la nature, la maîtresse des éléments, la source première des siècles, la plus grande des Divinités, la reine des mânes, la première aux cieux ; moi qui confond en moi-même et les Dieux et les Déesses, qui régis à mon gré la brillante et céleste voûte, les vents salutaires de l'Océan, et le silence lugubre de l'Erèbe ; moi, dont l'univers adore l'unique déité sous mille formes, mille noms et des rites divers. Ainsi les Phrygiens, la nation primitive, me nomment la déesse de Pessinunte, ou Cybèle ; les Athéniens indigènes, Athena cécropienne ; l'insulaire cypriote, Vénus paphéenne ; l'archer crétois, Diane dictyne ; les Siciliens qui parlent trois langues, Proserpine stygienne ; les habitants d'Eleusis, l'antique Cérès ; d'autres Junon, Bellone, Hécate ; quelques-uns Némésis rhamnusienne ; tandis que les Ethiopiens, que le soleil éclaire à son lever, les Arianiens, et l'Egyptien, qui dans les sciences précéda tous les peuples, me rendent le culte qui m'est propre sous le vrai nom de la Déesse qui est ISIS.

   "Je viens à toi, touchée de tes malheurs, je viens propice et favorable. Sèche tes pleurs, cesse de te lamenter, et bannis la tristesse : ma providence fera bientôt briller le jour de ta délivrance. Sois donc attentif à mes paroles.

   "Le jour qui va succéder aux ténèbres m'est consacré de toute éternité : à cete époque où les tempêtes hyémales s'apaisent, où les flots de la mer se calment, mes prêtres, alors qu'elle est navigable, m'offrent les prémices de la navigation en me dédiant une nouvelle galère. Il te faudra, sans inquiétude, attendre avec piété cette solennité : car, pendant la cérémonie, le grand prêtre, à mon inspiration, portera de sa main droite une couronne de roses attachée à son sistre. Fort de ma volonté, perce donc aussitôt la foule ; suis la pompe avec confiance ; approche doucement du prêtre, et, comme si tu cherchais à lui baiser la main, broute les roses : la peau de ce vilain animal, que je hais depuis longtemps, tout à coup tombera. Ne redoute aucun obstacle à mes décisions : à cette même heure où je suis près de toi, j'apparais en songe à mon prêtre, et je lui détaille ce qu'il fera. Par mon ordre, une immense multitude s'écartera devant toi : nul, au sein de ces joyeuses cérémonies, de ces grandes réjouissances, n'aura d'aversion pour cette hideuse figure que tu portes ; nul, à la vue de ta prompte métamorphose, ne t'interprètera défavorablement, n'aura la malignité de t'incriminer.

   "Mais qu'il te souvienne et qu'il reste profondément gravé dans ta mémoire, que tu dois me consacrer le reste de ta vie jusqu'à ton dernier soupir ; car il est juste que tu reconnaisses devoir entièrement l'existence à celle dont la bonté va te réintégrer au rang des hommes. Aussi, tu vivras heureux ; ma protection te couvrira de gloire ; et dès que tu auras arpenté la vie et franchi le sombre bord, là, dans cet hémisphère souterrain, tu ne cesseras, moi qui te suis propice, et que tu verras briller au sein des ténèbres de l'Achéron et régner sur les demeures stygiennes, de m'adorer aux champs élyséens. Mais que si, par un respect assidu, par une religieuse observance de mon culte et par une inviolable chasteté, tu mérites bien de ma Divinité, tu sauras que je puis seule prolonger ta vie au delà des bornes marquées par le destin."

   Cet adorable oracle prononcé, l'invincible Déité disparut et rentra dans sa propre immensité. Sur-le-champ, je me réveille et me redresse épouvanté, joyeux, trempé d'une sueur abondante ; et, fort émerveillé de l'admirable apparition de cette puissante Déesse, préoccupé de ses paroles souveraines, et soigneux de me purifier dans la mer, je repassais successivement ses conseils en moi-même.

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Lucius Apuleus (Apulée – 125-180) – L'ÂNE D'OR OU LES METAMORPHOSES – Editions Nilsson, sans date

   Cet ouvrage, écrit à l'époque du Bas-Empire romain, nous conte l'histoire de Lucius, jeune aristocrate, que son aimée Photis a transformé en âne par la sorcellerie d'un onguent. Lui arrive alors d'innombrables aventures cocasses ou difficiles. Au milieu de cette grande farce parfois si cruelle – et cette forme de récit a sans doute été choisie pour masquer l'essentiel à découvrir – sont insérés des épisodes témoignant de la véritable spiritualité qui subsistait malgré tout en ces temps de décadence de la civilisation romaine en déclin.

 

LIVRE ONZIEME (1) 

Prière de Lucius

   A la première veille de la nuit environ, tout à coup réveillé par un mouvement de frayeur, j'aperçois le disque brillant de la Lune s'élever, dans son plein, des flots de la mer : et profitant de la solitude et du silence des ténèbres, d'ailleurs certain de la puissance de cette grande déesse, universelle arbitre de la nature, et dont la lumière et la céleste influence agissent non seulement sur tous les animaux, mais sur les choses inanimées ; de cette Déesse qui, selon les acroissements ou ses décroissements, augmente ou diminue tous les corps de la terre, du ciel et de la mer ; et la Fortune, sans doute fatiguée de me balloter de malheurs en malheurs, m'offrant une lueur d'espoir, bien que tardive, je résolus d'invoquer l'auguste Divinité qui brillait à mes yeux. Aussitôt, secouant un paresseux repos, je me redresse vivement ; je me hâte, pour me purifier, de me baigner dans la mer ; et plongeant par sept fois ma tête dans les flots, nombre que le divin Pythagore dit être le plus convenable aux exercices de la religion, joyeux, plein d'espérance, et le visage baigné de douces larmes, j'adresse cette prière à cette puissante Déesse :

   "Reine du ciel, toi que je nommerai, soit la bienfaisante Cérès, mère primitive des moissons, et qui, joyeuse d'avoir retrouvé sa fille, remplaça l'antique gland des forêts par une agréable nourriture, et foule maintenant les guérets d'Eleusis ; soit la céleste Vénus, unissant, dès l'origine du monde, et propageant éternellement les deux sexes par l'amour, et maintenant adorée dans le sanctuaire de l'Île de Paphos ; soit la soeur de Phoebus, qui, soulageant les femmes de leurs couches, a donné l'être à tant de peuples, et reçoit leur encens dans le temple fameux d'Ephèse ; soit Proserpine, qu'on fête avec d'affreux hurlements nocturnes, la triple Proserpine qui, retenant les ombres dans les entrailles de la terre, oppose une barrière à leurs efforts, et reçoit, selon les forêts où elle porte ses pas, un culte différent ; ô toi dont l'équivoque flambeau parcourt l'univers, et, dispensant une lumière incertaine et soumise au cours du soleil, nourris par l'humidité de ses feux les richesses végétales ; quels que soient le nom, la forme ou le rite sous lesquels on puisse t'invoquer, daigne enfin secourir mon affreuse extrémité, relève ma mauvaise fortune, après de si cruels revers, que je puisse respirer en paix, libre de périls : fais-moi quitter l'indigne face d'un âne ; rends aux siens, rends Lucius à lui-même ; et si l'inexorable vengeance d'un Dieu peut-être offensé me poursuit, qu'il me soit permis, sinon de vivre, du moins de mourir." 

Vision de Lucius

   Après cette prière et de nouvelles et pitoyables lamentations, mes sens, accablés de langueur, absorbés par le sommeil, s'affaissèrent là même où je venais déjà de dormir. Et à peine avais-je fermé l'oeil, que du sein des flots je vois surgir et lever sa tête une Divinité qui, peu à peu dégageant son corps de la mer, me parut dans tout son éclat s'arrêter devant moi. Je m'efforcerai de vous dépeindre son admirable figure, si toutefois l'indigence de nos expressions humaines me permet d'y parvenir, ou si cette même Divinité prête à ma voix assez de faconde et d'abondance.

   Ses cheveux épais, longs et terminés en boucles, retombaient négligemment, et çà et là chargeaient ses divines épaules. Une couronne multiflore parait sa tête, et, comme un miroir, ou plutôt pour signifier qu'elle était la Lune, au milieu de son front brillait une lumière argentée circulaire. A sa droite et à sa gauche deux serpents, tortillés en forme de sillons, étaient cachés sous des épis de blé : sa robe, d'un lin d'une extrême finesse, était multicolore, et tantôt d'une blancheur éblouissante, tantôt d'un jaune fleur de safran, tantôt d'un rouge de feu ; et son manteau noir foncé, d'un éclat sombre et luisant dont mes yeux étaient éblouis, l'enveloppait totalement, et, courant en écharpe de l'épaule gauche au côté droit, descendait en plis nombreux, bordé d'une frange légère qui s'ondulait agréablement avec lui. L'extrémité, même le fond de cet habit, étaient parsemés d'étincelantes étoiles, du centre desquelles une pleine lune jetait une brillante lumière : et le long des plis et des replis de ce prodigieux manteau courait une seule et même guirlande entrelacée de fruits et de fleurs de toute nature.

   La Déesse portait à sa main droite un sistre d'airain, dont la lame étroite et recourbée, était traversée par trois petites verges d'acier, qui, liées ensemble et mues par elle, rendaient un son clair ; à sa main gauche un vase d'or en gondole, dont l'anse, à sa partie supérieure, s'élevait en aspic à la tête dressée, au cou large et gonflé ; tandis que ses pieds immortels étaient chaussés de sandales tressées de feuilles de palmier, l'arbre de la Victoire. Telle, exhalant les plus délicieux parfums de l'Arabie Heureuse, elle m'apparut et daigna m'adresser de divines paroles.

 

  

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Livres (2)

En ce lendemain de l’Assomption, Fête majeure en France, depuis le 17è siècle et le voeu que fit Louis XIII à Notre Dame de lui dédier son Royaume, je vous propose de découvrir un livre traitant de l’approche spirituelle que l’on peut avoir de l’Histoire de France chrétienne et pré-chrétienne.

N’hésitez pas à me contacter si cet ouvrage suscite votre intérêt, ce sera une joie pour moi de vous le faire parvenir.

La France mystique-Réflexions méta-historiques sur l’Histoire de France – Jean Phaure – Dervy Livres, 1986

Quatrième de couverture (extrait)

La France d’aujourd’hui a-t-elle encore une dimension mystique ? Apparement plus…Et pourtant plus on remonte vers ses grandes époques et que l’on touche à ses racines chrétiennes et pré-chrétiennes, plus apparaît à nos yeux un extraordinaire pays, provisoirement profané, qui…a été malgré toutes ses convulsions le phare spirituel du monde occidental. Et cette lumière n’était pas seulement politique, intellectuelle et artistique, mais fondamentalement mystique.

Préface par Jacques d’Arès (extrait)

Le titre du présent ouvrage pourra paraître énigmatique à certains lecteurs, amenés à se demander quels rapports peuvent exister entre l’Histoire de France et la Mystique. Il est vrai que, depuis de nombreuses décennies – pour ne pas dire de nombreux siècles – , l’Histoire n’est envisagée que sur le plan événementiel et la majorité de nos contemporains est persuadée que seule la volonté humaine est à l’origine des faits marquants de la vie des peuples. A l’époque où la science la plus avancée prouve l’existence de forces naturelles invisibles, susceptibles d’avoir une influence profonde sur le comportement de l’Homme, ce dernier en nie l’existence dans l’Histoire.

La raison profonde de cette situation vient de ce que la Religion ne joue plus le rôle qui devrait être le sien : permettre à l’être humain de se relier (c’est le sens du verbe latin religare d’où vient Religion) à son créateur – disons pour les incroyants aux forces organisatrices du Cosmos.

Heureusement il n’est pas indispensable de passer par la religion telle que nous la connaissons en cette fin de 20è siècle pour comprendre les faits.

Encore convient-il pour cela d’accepter de les examiner, et donc de les connaître, et ce, avec un esprit ouvert, indépendant et non partisan. Or, chacun sait que l’on n’enseigne plus l’Histoire ; que pour bon nombre de français, l’Histoire de notre pays commence à la révolution de 1789…quand ce n’est pas en mai 1968 ! On se souvient qu’à cette dernière époque on prétendait bâtir la France nouvelle sur le sable ! « Du passé faisons table rase« … « Les peuples heureux – comme la France – n’ont pas d’Histoire« … Ainsi s’est établie lentement – mais sûrement – une amnésie collective.

Jean Phaure rappelle avec juste raison l’opinion, à ce sujet, de l’éminent historien Ferdinand Lot : « La perte de la mémoire du passé est sans doute la pire infortune qui puisse frapper un peuple ainsi qu’un individu. » Lorsque l’on constate chez certains vieillards les conséquences de la perte de leur mémoire, on peut imaginer – théoriquement sans peine – les résultats catastrophiques d’une telle perte de mémoire lorsqu’il s’agit d’un peuple. Hélas, l’endoctrinement subtil et imperceptible résultant d’un enseignement ayant rompu depuis longtemps avec toute notion spirituelle explique que bien peu de nos contemporains – et surtout de nos dirigeants quels qu’ils soient – ont conscience d’une telle situation. Sur un plan beaucoup plus simple, l’histoire authentique suivante nous paraît significative.

Récemment le guide d’un groupe d’amateurs visitant un important musée, précisa que le principal personnage d’un tableau était Louis IX. Une dame voulant en savoir plus demanda à son mari qui était ce roi. Devant la carence de son époux, la dame s’adressa à une autre visiteuse ne faisant pas partie du groupe : « Connaissez-vous Louis IX, madame ? » lui demanda-t-elle. « Ah oui, répondit son interlocutrice, j’habite Vincennes et notre ville a de nombreuses attaches avec Saint Louis » – « Mais je vous interroge sur Louis IX, rétorqua l’autre dame, pourquoi me parlez vous de Saint Louis ?… » Sans commentaire ! Il paraît sans doute inconvenant à certains – et notamment à quelques enseignants – qu’un roi puisse être un Saint !

Deux autre exemples nous viennent en mémoire : à l’occasion d’une émission télévisée, un commentateur a affirmé que le Panthéon à Paris, aurait été construit par les révolutionnaires de 1789 pour y abriter la dépouille mortelle des grands hommes ! Les manes de l’architecte Soufflot ont dû se retourner dans leur tombe. Mais surtout celles de Sainte Geneviève, patronne de Paris, puisque la première pierre de cet édifice a été posée le 6 septembre 1764 – sous Louis XV – cette église devait remplacer celle de l’ancienne abbaye Sainte Geneviève… On voit que la destination était fort différente ! Mais le plus grave de cette histoire réside dans le fait qu’un historien fort célèbre participant à l’émission n’a pas éprouvé le besoin d’apporter la rectification qui s’imposait. Sans commentaire.

Longeant la façade de cette église Sainte Geneviève devenue Panthéon existe une rue dédiée à un personnage capital de l’Histoire de France mis en lumière par Jean Phaure : Clotilde. Mais pourquoi avoir rédigé les plaques indicatrices de la rue « Clotilde, reine de France, épouse de Clovis« ? N’est-elle pas Sainte Clotilde, comme tout bon dictionnaire l’indique ? S’il en est ainsi, va-t-on débaptiser toutes les rues consacrées à un saint pour ne mettre que le patronyme ? Aurons-nous bientôt une rue Jacques ou Séverin et un boulevard Michel ?

En fait, voilà comment, de manière insensible mais très efficace, la mémoire d’un peuple disparaît.

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