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Archive for avril 2009

     Je vous propose de découvrir, en ce jour des Rameaux, un intéressant texte de l’Islam sur le Christianisme et la Spiritualité. Texte des plus clairvoyants et justes, qui tranche, et ce de manière salutaire, avec le discours tenu sur les autres religions par la tranche la plus obscure de cette Tradition spirituelle, qui demeure cependant vénérable à bien des égards. Ce texte fut écrit lors de la rencontre mémorable d’Assise, initiée par le Pape Jean Paul II, entre tous les représentants des religions du monde. Son auteur en est le Maître Soufi ‘Abd al Wahid Pallavicini, catholique d’origine, converti à l’Islam à la mort du Shaikh ‘Abd Al Wahid-Yahya (Nom qu’avait pris René Guénon lors de son initiation soufie).

‘Abd al Wahid PALLAVICINI – René Guénon (1886-1951)-Colloque du Centenaire-Domus Medica (Ouvrage collectif) – « Humanisme et Tradition », Editions du Cercle de Lumière, 1993.

     Nous revenons d’Assise, manifestation à laquelle nous avons participé avec quelques hésitations, dues entre autre à l’attitude d’opposition des franges intégristes et fondamentalistes qui sont très puissantes dans l’Islam d’aujourd’hui.

     J’ai fait une première déclaration avant la rencontre : « la signification de notre participation à la manifestation d’Assise est celle de l’acceptation respectueuse d’une invitation qui nous a été transmise par l’autorité légitime d’une tradition orthodoxe que nous reconnaissons en tant qu’elle est incluse, ainsi que celle judaïque, dans la révélation coranique. Nous ne nous retrouvons pas à Assise pour prier tous ensemble, mais nous y serons le même jour pour prier Dieu, le même Dieu, d’une façon différente, dans des endroits différents ; et séparément dans le temps et dans le moment et avec les moyens qui ont été donnés à chacun des croyants suivant leur tradition.

     Une des significations du mot « Islam » est celui de « paix », la vraie paix, la Paix intérieure. « La Grande Paix » celle qui donne la plénitude de l’esprit, celle qui facilite l’union avec Dieu, union qui est la seule raison d’être de chaque religion, et aussi de chaque vie humaine.

     C’est la paix sur terre pour les hommes de bonne volonté, ceux qui au nom de Dieu acceptent – voilà une autre signification du mot « Islam » – l’acceptation – ceux qui acceptent la Révélation, le messager et la loi à laquelle ils appartiennent. En même temps, ils acceptent leur propre individualité, le monde et les autres aussi pour ce qu’ils sont, sans prétendre les changer autrement que par l’exemple et le témoignage, et sans se laisser gêner par la propagande ni de la guerre, ni de la paix. »

     Et le jour suivant la rencontre religieuse, il y a eu une table ronde où les tenants de toutes les religions ont pu prendre la parole. Ce que nous avons dit était un peu le message de Guénon ; « au delà de la Paix transcendante dont le Pape nous a parlé hier, les religions devraient se préoccuper de la Vérité transcendante, la seule Vérité absolue qui est Dieu lui-même, le seul et le même Dieu pour nous tous. De cette Vérité absolue dérivent des vérités relatives qui correspondent aux révélations données à toutes nos communautés. Mais afin que ces communautés et les voies que nous suivons puissent vraiment converger, sans aucune prétention à la conversion, nous devons accepter le fait qu’il existe diverses voies valides et valables et des vraies révélations qui peuvent toutes conduire au Salut et à la réalisation spirituelle pour autant qu’elles restent différentes, dans leur formulation doctrinale originaire, sans réforme et sans syncrétisme, et que nous en suivions la liturgie traditionnelle.

     Si nous croyons que toutes les vraies religions peuvent porter à la Réalité ultime et à la Vérité absolue qui est réalisable seulement par l’union avec Dieu, ce que les hindous appellent « samadhi », les bouddhistes « satori », les chrétiens « Unio mystica », et nous musulmans « fana billah », Extinction en Dieu, nous devons en même temps reconnaître la validité des voies vers le Salut, à toutes les vraies et seulement aux vraies religions du monde. Si nous devons donner l’exemple d’une reconnaissance mutuelle et d’un respect réciproque, nous devons nous rendre compte que, comme les hindous parlent d’incarnations, « avatara », nous musulmans parlons de beaucoup de Prophètes, depuis le temps d’Adam jusqu’à celui de Muhammad, les ainsi dits fondateurs des religions révélées. Et pourtant aucune religion ne peut prétendre au privilège de la Vérité, qui est Dieu lui-même. En son Nom nous devons accepter la reconnaissance de la validité de toutes nos vraies religions, et la discrimination entre vraie et fausse foi, de manière à ce que personne ne puisse prendre la religion comme prétexte de guerre ou d’injustice, et que nous puissions traiter de paix avec des partenaires dont nous reconnaissons la validité, ainsi que nous reconnaissons notre foi en Dieu, notre confiance en nous-même et en notre prochain. »

     Aujourd’hui les différentes collocations ethniques qui constituent le support de chaque Révélation ont exagéré leur particularité à défaut de la contre partie typique d’une autre lattitude : en Occident l’intellectualité est devenue intellectualisme, la logique rationalisme ou pire encore : psychologisme ; tandis qu’en Orient l’intuition crée l’impulsivité et le fatalisme crée le fanatisme.

     Il s’agit donc d’un échange dont René Guénon est bien l’exemple et où les croyants d’Orient et d’Occident face à face peuvent recréer d’une mer commune, le reflux des vagues bénéfiques de leurs qualifications complémentaires afin que l’occidental puisse redevenir cet homme intelligent qu’il fût, c’est-à-dire qu’il puisse réussir à participer à nouveau à ce qui nous fait semblables à Dieu dans le reflet de Son Intellect, et que l’oriental puisse retrouver dans le sens inné de l’immanence divine qui lui est propre, le contrôle sur les événements ressemblant trop à ce qui est déjà arrivé en Occident, pour que de ce même Orient puisse encore une fois retourner la lumière.

     Ici, sur terre, c’est seulement au moment de la fin que nos voies pourront coïncider, quand, comme nous le croyons, nous musulmans, Seyyiddina ‘Issa (‘aleihissalam), sur lui la Paix, le Christ qui seul est, suivant le saint Coran, « l’annonce de l’heure », reviendra pour être notre Imam, le Guide à nous tous, et pour témoigner le jour de la Résurrection contre ceux qui, parmi les « Gens du Livre », auront accepté de celui-ci seulement la lettre qui tue en oubliant l’Esprit avec lequel vivifier et sacraliser tous les moments et toutes les expressions de notre vie sur terre.

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     Shaikh ‘Abd Al Wahid Pallavacini, en 1993, vivait à Rome où il était chargé des relations entre le « Centre Islamique Culturel d’Italie » et le « Secrétariat du Vatican pour les Non-Chrétiens » en participant aux congrès interreligieux et aux dialogues « islamo-chrétiens » et en représentant la communauté islamique italienne dans les manifestations officielles nationales et du Saint Siège. Il a publié un opuscule en français aux éditions « Arché » de Milan en 1981 intitulé « In memoriam René Guénon » et ses interventions se trouvent dans les actes des colloques de la Faculté Théologique « Marianum » de Rome, de l’Institut Universitaire Oriental de Naples, du Secrétariat pour les Activités oecuméniques à Rome, de l’Université Catholique « Gemelli » de Milan et Rome, et dans la revue « Sacro e Profano » de Palerme.

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