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Archive for novembre 2008

Ma note « Mahabharata (1) » présentait le questionnement d’un Maître à son disciple. Regards croisés d’une Tradition à l’autre, à la recherche d’étonnantes résonances : voici un texte présentant le questionnement d’un disciple à son Maître. Il fut écrit vers l’an 800 par Alcuin, abbé de Saint-Martin de Tours, pour Pépin, second fils de Charlemagne, dont il était le précepteur.

Pépin – Qu’est-ce que la vie ?

Alcuin – Une jouissance pour les heureux, une douleur pour les misérables, l’attente de la mort.

Pépin – Qu’est-ce que la mort ?

Alcuin – Un évènement inévitable, un voyage incertain, un sujet de pleurs pour les vivants, la confirmation des testaments, le larron des hommes.

Pépin – Qu’est-ce que l’homme ?

Alcuin – L’esclave de la mort, un voyageur passager, hôte dans sa demeure…

Pépin – Qu’est-ce que la liberté de l’homme ?

Alcuin – L’innocence.

Pépin – Quel est le sommeil de ceux qui sont éveillés ?

Alcuin – L’espérance.

Pépin – Qu’est-ce que l’espérance ?

Alcuin – Le rafraîchissement du travail, un évènement douteux.

Pépin – Qu’est-ce que l’amitié ?

Alcuin – La similitude des âmes.

Pépin – Qu’est-ce que la foi ?

Alcuin – La certitude des choses ignorées et merveilleuses.


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Mahabharata (2)

Enseignement de Krishna

Au moment d’engager la bataille décisive, Arjuna Pandava, le magnifique, le toujours victorieux, fils du dieu Indra, est pris de doute et d’angoisse qui paralysent son bras, il s’effondre. Krishna, qui conduisait le char du guerrier, lui délivre alors son enseignement : la Bhagavad Gita ou « Chant du bienheureux », un des textes fondamentaux de l’Hindouisme.

Krishna commença par dire à Arjuna que la victoire et la défaite, le plaisir et la douleur, tous les buts ordinaires de l’action humaine, devaient lui être indifférents. Il fallait agir, mais sans réfléchir aux bénéfices de toute nature qu’une action pourrait entraîner. Krishna parla de l’oubli du désir, et du détachement, sans quoi aucune action ne s’accomplit par elle-même.

Krishna – « Tu dois d’abord te distinguer de ceux qui disent « j’ai gagné tant aujourd’hui, je gagnerai tant demain, je suis riche, je suis puissant, je suis heureux ». Elève-toi bien au-dessus de ces satisfactions médiocres, qui donnent l’illusion d’une vie accomplie. Tu dois apprendre à voir d’un même oeil une motte de terre et un monceau d’or, une vache et un brahmane, un chien et un mangeur de chien. Sinon, toute action détachée te sera impossible.

Arjuna – Mais comment se décider ? Comment choisir ? L’homme malgré lui est poussé à faire le mal, comme s’il y était contraint. Pourquoi ?

Krishna – Il existe une voie pour se guérir de ce poison.

Arjuna – Quelle est cette voie ? Tous les hommes naissent dans l’illusion. Comment, né dans l’illusion, atteindre l’absolu ? »

Pour répondre, Krishna conduisit Arjuna à travers la forêt touffue de l’illusion. Il se mit à lui enseigner l’antique yoga de la sagesse, par lequel on avance sur le mystérieux chemin de l’action. Lentement, soigneusement, Krishna conduisait Arjuna dans tous les points de son esprit. Il lui montrait les profonds mouvements de son être, qui sont souvent secrets, et son véritable champ de bataille, où il ne faut ni flèches, ni guerriers, où l’on combat seul. Il lui montrait toute la vérité, tous les niveaux de l’existence, il lui montrait la marche complète du monde. Il le conduisit même au-delà du monde et dit :

– L’esprit est plus grand que les sens. Au-dessus de l’esprit, il y a l’intelligence pure, qui est libérée de la pensée. Au-dessus de l’intelligence pure, il y a l’Etre Universel. C’est la que tu vis, que nous vivons tous.

Arjuna – « Je sens mes illusions s’évanouir une par une. Si je suis capable de la contempler, montre-moi maintenant ta forme universelle. »

Krishna se leva et se montra à son ami. Celui-ci releva la tête. Les yeux fixes, à la fois effrayé et émerveillé.

Arjuna – « Dis-moi qui tu es. Je suis secoué jusqu’au fond de moi-même et j’ai peur. »

Krishna l’écouta et répondit d’une voix calme :

– La matière est changeante, mais je suis tout ce que tu penses. Tout repose sur moi comme des perles sur un fil. Je suis le parfum de la terre et je suis la chaleur du feu, je suis l’apparition et la disparition, je suis le serpent cosmique infini, je suis le prince des musiciens célestes, je suis la science de l’être, je suis la vie de chaque créature, je suis le jeu des trompeurs, je suis l’éclat de ce qui brille. Je suis le temps devenu vieux. Tous les êtres tombent dans la nuit et tous les êtres sont ramenés au jour. Tous ces guerriers que tu vois autour de nous, je les ai déjà vaincus, mais celui qui croit qu’il peut tuer, et celui qui croit qu’il peut être tué, tous deux se trompent. Les armes ne peuvent pas percer cette vie qui t’anime, ni le feu la brûler, ni les eaux la mouiller, ni le vent la sécher. N’aie aucune crainte et relève-toi, car je t’aime.

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Mahabharata (1)

On peut traduire « Mahabharata » par « La Grande Histoire des Hindous », et plus largement « de l’Humanité ». Il est aux Hindous ce que la Bible est aux Chrétiens : le Livre des livres – « Tout ce qui se trouve dans le Mahabharata est autre part. Ce qui n’y est pas n’est nulle part », nous dit la Tradition indienne. Je vous invite à le découvrir à travers la belle traduction qu’en a fait Jean Claude CARRIERE, parue chez Belfond éditeur en 2001. N’oublions pas également le film du talentueux Peter BROOK, sur un scénario du même Jean Claude CARRIERE. La toile de fond du récit, révélé aux humains par Vyasa, le poète mytique, est la guerre que se livrent deux familles de cousins afin de préserver le Dharma qui est Harmonie, Equilibre du monde, mais aussi Voie juste. Ces cousins sont les Pandava d’une part, tous fils de dieux, adoptés et élevés par Pandu et les Kaurava d’autre part, fils de Dhritarashtra, le frère de Pandu.

Voici un premier extrait de l’ouvrage.

Le dieu Dharma, ayant pris la forme d’un étang interroge son fils Yudishsthira Pandava, celui qui est né pour être Roi.

Dharma – Qu’est-ce qui est plus rapide que le vent ?

Yudishsthira – La pensée.

D – Qu’est-ce qui peut couvrir toute la terre ?

Y – L’obscurité.

D – Qui sont les plus nombreux, les vivants ou les morts ?

Y – Les vivants, puisque les morts ne sont plus.

D – Donne-moi un exemple d’espace.

Y – Mes deux mains jointes.

D – Un exemple de chagrin.

Y – L’ignorance.

D – De poison.

Y – Le désir.

D – Un exemple de défaite.

Y – La victoire.

D – Quel est l’animal le plus rusé.

Y – Celui que l’homme n’a pas encore réussi à connaître.

D – Qui apparut le premier, le jour ou la nuit ?

Y – Le jour, mais il n’a précédé la nuit que d’un jour.

D – Quelle est la cause du monde ?

Y – C’est l’amour.

D – Quel est son contraire ?

Y – Moi-même.

D – Qu’est-ce que la folie ?

Y – Un chemin oublié.

D – Et la révolte ? Pourquoi les hommes se révoltent ?

Y – Pour trouver la beauté, soit dans la vie, soit dans la mort.

D – Qu’est-ce qui, pour chacun de nous, est inévitable ?

Y – Le bonheur.

D – Et la grande merveille ?

Y – Chaque jour la mort frappe autour de nous, et nous vivons comme des vivants éternels.

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