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Archive for mai 2008

Théâtre

Antonin ARTAUD (1896-1948) – Le Théâtre et son double – 1938

      Au point d'usure où notre sensibilité est parvenue, il est certain que nous avons besoin avant tout d'un théâtre qui nous réveille : nerfs et coeur.

     Le spectacle s'étendra, par suppression de la scène, à la salle entière du théâtre, et, parti du sol, il gagnera les murailles sur de légères passerelles, enveloppera matériellement le spectateur, le maintiendra dans un bain constant de lumière, d'images, de mouvement.

     Artaud, poète, homme de théâtre, fut un théoricien de cet Art majeur : outre l'idée proposée dans ce texte pour redéfinir l'espace scénique, je retiendrai la belle image poétique du spectacle partant du sol et gagnant jusqu'aux murailles sur de légères passerelles.

     Passerelle légère, voilà qui définit bien Poésie et Art, son compagnon intime.

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Harmonie

   On redécouvre actuellement les richesses du Moyen-Âge, que l'on considérait jusqu'à  il y a peu comme un temps où obscurité et barbarie étaient seules maîtresses du jeu. Les quelques textes qui suivent et ce qu'ils disent sur l'Harmonie Universelle, ne sont pas sans rappeler certains aspects des religions ou philosophies orientales (Bouddhisme, Tao, Shinto) vers lesquelles se tournent nombre de nos contemporains occidentaux. Il est très enrichissant, et cela ne fait aucun doute, de découvrir d'autres civilisations mais n'importerait-il pas aussi de redécouvrir tout ou partie de ce qui fonde la nôtre ?

Aurélien de REÔME (9è siècle) – Musica disciplina

   Considérons comme toute la nature se réjouit lorsque le soleil monte plus haut dans le ciel : alors l'air se fait plus pur, la face de la terre se couvre d'une gracieuse toison de fleurs, la mer agitée redevient paisible ; on comprend par là  que toutes les créatures s'accordent entre elles et s'unissent selon une merveilleuse harmonie.

Claude DEBUSSY (1862-1918)

   Les musiciens n'écoutent que la musique écrite par des mains adroites ; jamais celle qui est inscrite dans la nature. Et pourtant, voir le jour se lever est plus utile que d'entendre la Symphonie pastorale.

Jean Scot ERIGENE (9è siècle) – De divisione naturae

La beauté de l'univers créé, en sa totalité faite de similitude et de dissemblance, réside dans une harmonie admirable où la variété des genres et des formes, ainsi que les différences d'essences et d'accidents, composent une unité ineffable. En effet le chant est produit par la diversité qualitative et quantitative des voix : celles-ci diffèrent grandement entre elles, lorsqu'on les perçoit individuellement et séparément, par leurs inégalités d'acuité et de gravité ; elles s'accordent néanmoins les unes aux autres selon des lois propres à l'art musical, de façon à susciter une impression naturellement agréable. De même, l'ordre harmonieux (concordia) de l'univers résulte de la cohérence (coadunata) que la volonté unifiante du Créateur introduit dans les diverses parties d'une nature une, parties mutuellement séparées (dissonantibus) si on les considère isolément.

Musica enchiriadis = Manuel de Musique (fin du 9è siècle)

Pourquoi certaines combinaisons sonores plaisent-elles tant à l'oreille, tandis que d'autres sons affectent désagréablement par leur dissonance et refusent d'être mélangés ? Cela résulte d'une loi profonde et divine, qui par quelques uns de ses côtés figure au nombre des plus grands secrets de la nature. La même loi d'équilibre qui règle les consonances sonores commande aussi la constitution humaine ; et les même rapports numériques produisent la concordance aussi bien des sons différents émis simultanément que de l'âme vivante avec le corps, ou celle des éléments dans leur opposition constante, selon l'harmonie (concordia) éternelle présidant à la cohérence de l'univers entier.

Scholia enchiriadis = Commentaires de l'enchiriadis (début du 10è siècle)

L'harmonie se reconnaît dans un mélange concordant de sons différents, et la musique est la mesure (ratio) de cette concordance.

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Michel Serrault

Michel Serrault – VOUS AVEZ DIT SERRAULT – Autobiographie, 2001

   Je continue d'observer les gens. Sans précision, plutôt comme ça, à la volée, pour saisir une démarche ou un regard, un tic, une expression. C'est le comédien qui trouve là sa nourriture, mais il ne le sait pas forcément. Je peux voir chez quelqu'un une attitude et aussitôt l'oublier. Mais des années plus tard, à mon insu, ce que j'avais observé me revient sans que je l'aie sollicité, au moment où j'en ai besoin. Beaucoup d'acteurs connaissent ce phénomène, qu'on peut comparer à l'eau de pluie qui pénètre la terre, traverse des filtres naturels qui la purifient et l'enrichissent, puis rejaillit en une source, à l'instant où l'on cherche à se désaltérer.

    Ma chance a été d'entrer dans la classe d'un homme remarquable, un Maître de théâtre comme j'en souhaite aux jeunes gens et jeunes filles qui veulent faire ce métier. Il s'appelait Jean Le Goff…La première fois qu'il me vit, il prit sans faillir la mesure du gamin que j'étais, plus au fait de la topographie des fortifs que des alexandrins du Misanthrope. Il eut donc la sagesse de commencer par le commencement et me demanda de lire. Il s'agissait bien sûr de me faire acquérir la culture qui me faisait tant défaut, mais aussi, par la méthode qui était propre à Jean Le Goff, de placer les comédiens en situation d'écoute par rapport au texte et aux partenaires. Car combien de fois entendait-on ce dialogue insensé qui augurait mal de l'apprentissage du métier :

– Je vais vous passer Lubin dans la première scène de l'acte II de George Dandin. – Très bien. Peux-tu me dire ce qui se passe avant ? – Ah ben non…Avant, je ne l'ai pas lu. – Alors après ? – Après non plus. – Tu ne sais pas ce que raconte la pièce ? – Je vois à peu près…en gros !

   Vous pensez que j'exagère ? Je vous assure que non. L'une des conséquences de cette manière de faire, on la retrouve aujourd'hui chez ces comédiens qui, dès qu'on leur propose un rôle dans une pièce ou un film, se précipitent sur le texte pour mesurer la longueur de leurs répliques et le nombre de scènes où ils apparaissent. L'histoire, l'intention, demeurent les dernières de leurs préoccupations. Jean Le Goff privilégiait l'attention réelle que l'acteur se doit de porter à ce qui l'entoure :

– Ecoute ton partenaire, écoute-le vraiment. Regarde-le vraiment. Sois avec lui. Ne pense pas à ce que tu dois dire après, à l'effet que tu vas produire. Tu joues, tu n'es pas tout seul. Si tu n'écoutes pas, tu seras faux et mécanique. Mais si tu écoutes, tu répondras, et tu répondras juste.

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Heureuse surprise

    Le site belge "BizArt, BizArt", voué à la peinture moderne, nous réserve souvent d'heureuses surprises.

Jugez-en plutôt avec cet "Homme à la Barre" de Theo van RYSSELBERGHE (1892).

   Ce peintre a-t-il connu Seurat ? Les dates peuvent concorder. Je vois en tout cas une influence du Pointillisme dans cette toile.

   La composition en est très belle, avec quelque chose d'une estampe extrême-orientale. Cette voile et ce pêcheur en contre-point, encadrant les vagues vertes si bien rendues et comme une menace potentielle. Et ce bateau au loin, se confondant avec l'horizon. Un grand artiste.

   Je ne peux que vous inciter à aller visiter le site "BizArt, BizArt" de François. Vous y accéderez en cliquant sur le lien présent sur mon blog.

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Henry MONTAIGU – Toulouse, Mythes et symboles de la ville rose

Il y a un air de Toulouse, incomparable et puissant, que la mémoire nourrit pourtant d’histoires atroces et de fables étranges, mais qui demeure joyeux et léger comme si la certitude d’être l’emportait sur les trahisons du destin et la lourde banalisation de la cité moderne.

Comme toute ville essentielle, le secret de Toulouse se situe au-delà d’un espace mesurable et d’une quelconque chronologie. Non sans doute qu’il ne s’y incarne, mais c’est l’être intérieur qui plus qu’ailleurs ici façonne tout.

Toulouse est une cité sanctuaire, où il n’est rien qui ne témoigne de la profonde mesure, divine et humaine, du Nombre d’Or.

La ville moderne n’est en fait qu’une anti-construction. Concue pour le citoyen matriculé et non pour l’homme, il lui est tout aussi impossible de vieillir dignement que de se renouveler.

Toulouse, qui a l’amabilité chaude et noble des grandes créations de type solaire, semble devoir mériter au plus haut degré ce vocable de ville rose qui serait à la lettre bien fade s’il s’agissait seulement de couleur et de fleur. A aucune autre ville de brique il n’a été accordé ce surnom. C’est qu’aucune autre n’est aussi parfaitement conçue en mode rayonnant* – c’est qu’aucune autre n’a manifesté, sous tant d’apparences diverses, le culte mystique de la Dame**.

Nota : *A mettre en lien avec la ROSACE de la cathédrale gothique ; **à  mettre en lien avec la notion de ROSA MYSTICA.

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Dire

   Eternelle question de la convergence que l'on voudrait parfaite entre l'émotion éprouvée et les mots pour l'exprimer. Rester humble. Accepter la limite que nous impose ces mots ; faire confiance à l'intuition du lecteur pour comprendre. Accepter aussi qu'il comprenne autre chose que ce que nous voulions dire.

   C'est en lisant ce beau poème de pierre1975, trouvé un jour béni de juin 2006, sur les blogs (pierre1975 a cessé ses activités depuis), que me sont venues ces pensées.

Quoique lente et inassouvie

la tristesse des fleurs

n'en finit pas d'endolorir

les ardeurs présentes

les couleurs à peine écloses.

Ô vagabondages incessants

qui ne découvrez qu'aux yeux attendris

vos sinuosités merveilleuses

pourquoi n'échappez-vous pas encore

aux phrases longues et plates

qu'on voudrait piétiner

comme feuilles sèches ?

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Théophile GAUTIER (1811-1872) – « Lettre à sa fille Judith »

La disposition intérieure est tout ; le paysage est dans nous-même autant qu’à l’extérieur, et c’est notre pensée qui le colore, triste ou gaie, bienveillante ou haineuse.

Quintus Horatius Flaccus = HORACE (65-8 av. J.-C.) – « L’Art poétique »

Que tout ce que vous ferez soit toujours simple et ne soit qu’un.

Prince Taliesin

Pour créer, il importe de garder l’Attitude poétique. Toute création humaine est d’abord démarche intérieure, puis devient extérieure pour être offerte à l’autre.

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