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Archive for mai 2006

Extrait du « Roman de Renart » : où Renart qui trompa souvent trouve plus trompeur que lui…

Une mésange se tenait sur la branche d’un chêne creux. Renart vint à passer par aventure. Il la voit, la salue bien bas.

– Ah ! ma commère, soyez la bienvenue. Je vous prie, approchez, et me donnez un baiser.

– Fi donc ! Renart, dit-elle, n’avez-vous point honte de toutes vos friponneries ? Comment serais-je la commère d’un tel larron ? Tant d’oiseaux et de biches innocentes ont eu à se plaindre de vous ! Croyez-moi, avec tous vos méfaits, personne ne vous prendra plus au sérieux.

– Dame, répond le Goupil, jamais je ne fis chose au monde dont je pensai qu’elle vous pût déplaire.

« Et puis, savez-vous ma nouvelle ? Notre seigneur Noble, le lion, à dater de ce jour, a déclaré la paix à tout le monde animal. La gent menue s’en réjouit fort, car partout vont cesser procès, chicanes et guerres mortelles. Et, grâce à Dieu, les bêtes, grandes et petites, seront en sécurité.

– Renart, je crois que vous me faites là un beau conte. Cherchez-en une autre. Car pour ma part, je n’ai nulle envie de vos baisers.

– Dame, écoutez-moi : je vous baiserai les yeux fermés. Ainsi vous n’aurez rien à craindre.

– Ma foi, dit-elle, de la sorte, je veux bien. Or donc, fermez vos yeux.

Renart ferme les paupières…mais la mésange s’est munie d’une pleine poignée de mousses dont elle lui frotte vigoureusement le museau. Et quand il ouvre la gueule pour la croquer…il ne trouve que la feuille qui lui reste après la moustache.

D’en haut, la mésange le nargue et lui crie :

– Eh bien ! Renart, quelle paix est-ce là ? Vous étiez prêt à rompre la trève bien rapidement, si je n’avais reculé très vite. La paix est jurée, disiez-vous ? Il faut croire qu’elle l’est bien mal !

Renart se met à rire.

– Voyons ! Je plaisantais, je voulais vous faire peur. Mais qu’importe, je vais fermer les yeux à nouveau.

– Bon, dit-elle : mais ne bougez plus !

Le fieffé trompeur ferme encore les yeux. L’oiseau s’approche de sa gueule, l’effleure – mais se garde bien d’y entrer ! Et Renart, croyant saisir sa proie, ferme les crocs…et manque son coup.

– Que vois-je, sire Renart ? dit-elle. C’est ainsi que vous tenez parole ! Et vous voudriez encore que je vous croie ? Le feu d’enfer me brûle si jamais j’ajoute foi à vos propos.

– Eh ! vous êtes trop couarde. Je voulais vous éprouver un peu. Vous voyez que je ne m’y entends guère en trahison et félonie ! Au nom de la sainte charité, belle commère, faisons la paix. A tout pécheur, miséricorde !

Elle fait la sourde oreille. Or voici venir soudain des veneurs, valets de chasse et sonneurs de cor. Renart change de visage. Sa queue se dresse, il détale au plus vite ! La mésange, bien en sureté sur la haute branche, l’appelle et se moque :

– Renart, cette paix que vous disiez me paraît bien vite rompue. Pourquoi fuir ? revenez donc ici ! Renart est trop prudent pour s’arrêter. Tout en fuyant, il la paie d’une menterie nouvelle.

– Dame, les trêves sont jurées, cautionnées, et dûment garanties ; mais on ne le sait encore partout ! sans doute ces gens n’en sont-ils pas avisés.

– Comment enfreindraient-ils une paix si solennelle ? revenez donc, et me baisez.

– A cette heure, l’envie m’en est passée.

– Mais votre sire a signé la paix !…

Renart ne veut rien entendre. Il est déjà loin, il s’enfuit et court encore.

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Un prud’homme avait un beau jardin : il avait coutume d’y entrer chaque matin, pendant la belle saison, alors qu’à plaisir chantent oiseaux petits et grands. Une fontaine y sourdait, qui faisait reverdir ce lieu. Volontiers y venaient les oiseaux et ils y menaient doux bruit.

Un jour, le prud’homme entra dans son jardin et se reposa dans ce beau lieu. Il entendit un oiseau chanter. L’envie le prit de s’en saisir : il attrapa l’oiseau au lacet.

L’oiseau lui dit : « Pourquoi t’être donné la peine de me tromper et de me prendre par ruse ? Quel profit en penses-tu avoir ? – Je veux, dit l’autre, que tu chantes pour moi. – Si tu me promets, répondit l’oiseau, que je pourrai m’en aller partout où je voudrai, je chanterai à ton gré. Mais tant que tu me tiendras prisonnier, tu n’entendras aucun chant de moi. – Si tu ne veux pas chanter pour moi, je te mangerai. – Me manger, dit l’oiselet, et comment ? Je suis trop petit, vraiment. L’homme qui me mangera n’en tirera guère de profit. Si l’on me met à rôtir, je serai tout sec et petit. Je ne vois pas comment vous pourriez me préparer pour tirer quelque plaisir de moi. Mais si vous me laissez aller, certes grand profit en tirerez. Car, en vérité, je vous dirai trois préceptes que vous priserez seigneur vassal, beaucoup plus que la chair de trois veaux. »

Le prud’homme le laissa s’envoler, puis lui demanda de tenir sa promesse. L’oiseau lui répondit aussitôt : « Ne crois pas tout ce qu’on te dira. Garde bien ce que tu tiendras et ne vas pas le perdre en te fiant aux promesses. Ne sois pas trop malheureux pour chose que tu aies perdue. Ce sont là, mon ami, les trois préceptes que j’avais promis de t’apprendre. »

Là-dessus, l’oiseau se percha sur un arbre et se mit à chanter très doucement. Puis il dit : « Béni soit le Dieu de Majesté, qui t’a si bien aveuglé, et t’a enlevé sens et avoir. Si tu avais ouvert mon corps, tu aurais trouvé une pierre précieuse en mon gosier, si je ne mens, du poids d’une once, tout droitement ! »

Quand le vilain l’entendit, il se prit à pleurer, à gémir, à se frapper et à regretter maintes fois d’avoir laissé échapper l’oiseau. « Pauvre fol, dit celui-ci, m’est avis que tu mets bien vite en oubli les trois préceptes que je t’appris tout à l’heure. Je t’ai dit de ne point croire tout ce que tu entendras ; pourquoi crois-tu si légèrement qu’en mon gosier est une pierre, une pierre qui pèse une once ? Tout entier, je ne pèse pas tant ! Et je t’ai dit, s’il t’en souvient, de ne point trop te chagriner ni te rendre misérable, pour chose que tu aies perdue. »

Sur ce, l’oiseau s’envola et s’enfuit bien vite vers le bois.

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   Les fabliaux témoignent de l'esprit de ces temps dits "barbares". Joseph BEDIER qui, au tournant du 20ème siècle, fit redécouvrir les textes médiévaux, nous dit d'eux qu' ils : "manifestent deux traits des plus saillants de cet esprit : la verve facilement contente et la bonne humeur ironique. On y rit de peu, on y rit de bon coeur. C'est un esprit léger, rapide, aigu, malin, mesuré…Il est la malice, le bon sens joyeux, l'ironie un peu grosse, précise pourtant et juste.

   "L'esprit des fabliaux n'est que rarement satirique…La satire suppose la colère, la haine, le mépris. Elle implique la vision d'un état de choses plus parfait, qu'on regrette ou qu'on rêve et qu'on appelle…Nos diseurs de fabliaux ne s'élèvent point jusqu'à la satire : ils s'arrêtent à mi-route, contents d'être des maîtres caricaturistes. Ils n'ont dans l'âme aucune amertume. Ils jettent sur le monde un coup d'oeil ironique : clercs, vilains, marchands, prévôts, vavasseurs, chevaliers, moines, ils esquissent d'un trait rapide la silhouette de chacun, et passent. Ils peignent une admirable galerie de grotesques, où personne n'est épargné, mais où l'on n'en veut à personne. Ils ne s'indignent, ni ne s'irritent, ils s'amusent."

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« Pour en finir avec le Moyen-Âge » est le titre d’un des ouvrages de Régine PERNOUD , grande médiéviste, qui oeuvra longtemps à une meilleure connaissance de cette période historique qui fut longtemps décriée voire méprisée.

Pendant longtemps, le Moyen-Âge fut considéré comme sombre, barbare même, peuplé d’humains illétrés, mal dégrossis, violents à l’extrême. Il ne s’agit pas, bien entendu, d’en faire une époque angélique où tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes, il y existe aussi une part d’ombre et le Moyen-Âge dura 1000 ans : des invasions barbares à la découverte de l’Amérique ! ; mais il importe cependant de tordre le cou à des préjugés et représentations tenaces.

Quelques exemples :

Les hommes du Moyen-Âge étaient sales : faux, des bains existaient dans bon nombres de villes et châteaux ou palais, et les gens de la Renaissance et du « Grand Siècle » (celui de Louis XIV) étaient certainement plus sales.

La femme était méprisée : faux encore. N’avez-vous donc jamais entendu parler de l’Amour Courtois et du service du Chevalier auprès de sa Dame ? La loi salique : elle date de la fin du Moyen-Âge ! et elle ne concernait que la famille Royale de France, longtemps après sa promulgation, des femmes étaient à la tête de Seigneuries. La femme n’a été déclarée mineure à vie qu’à la Renaissance, avec la redécouverte du droit Romain (qui est encore encensé de nos jours) et de la notion de « Pater Familias », affirmant que le père a le droit de vie ou de mort sur sa « gens »(femme, enfants et esclaves). La loi interdisant l’Université aux femmes est très tardive au Moyen-Âge et témoigne de l’obscurcissement des temps. Et la fameuse question de savoir si la femme avait une âme ! elle fut tranchée très tôt dans l’histoire du Christianisme et elle témoigne, là-aussi, d’un obscurcissement trasitoire des esprits ; en effet, à la fin de l’Antiquité, les premiers convertis à la religion du Christ étaient souvent des converties ! Depuis l’aube du Christianisme, de nombreuses Saintes étaient honorées et l’Eglise n’aurait certainement pas permis que l’on honore des créatures sans âme (des animaux en fait).

Au Moyen-Âge, en Europe, les esclaves ont très vite disparu. Et si pour désigner les paysans attachés à une seigneurie le mot « servus » était encore en usage, son sens n’était pas le même que dans la Rome antique (où il désignait l’esclave). La Civilisation médiévale était organisée en trois classes complémentaires : 1) le Sacerdoce dont la mission était de prier pour les âmes mais aussi d’éduquer, de soigner les indigents, bon nombre d’artiste dans différents domaines (architecture, musique,…) étaient issus du Sacerdoce. 2) les Seigneurs qui combattaient, défendaient la veuve et l’orphelin, et protégeaient les paysans attachés à la Seigneurie. 3) le Tiers Etat qui travaillait, commerçait. Mais ces classes n’avaient rien avoir avec des castes (comme il en subsiste encore en Inde) aux barrières infranchissables. Une partie de la Noblesse était issue de la paysannerie, tout homme quelque soit sa condition pouvait être adoubé Chevalier. Les moines, dans les monastères, travaillaient aussi la terre. Des artistes (poètes, musiciens,…) étaient issus de toutes les classes. En ce qui concerne la richesse matérielle, ce n’étaient pas toujours les Seigneurs qui étaient les plus riches, mais souvent les bourgeois issus du Tiers Etat !

La civilisation européenne moderne est encore imprégnée de l’Antiquité gréco-romaine, et ce pour le meilleur et de plus en plus pour le pire. Le chemin pour réhabiliter le Moyen-Âge s’avère encore long et difficile ! Mais l’oeuvre de Régine PERNOUD est là  pour aider à la tâche.

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Joseph JOUBERT (1754-1824)

  Les choses qui dépendent de la lumière de l'Esprit ne peuvent se prouver à aucun homme que par la lumière qu'il a.

Jean COCTEAU (1889-1963)

  Nous abritons un Ange. Nous devons être les gardiens de cet Ange.

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Paul VERLAINE (1844-1896) – MON RÊVE FAMILIER

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant

D'une femme inconnue, et que j'aime et qui m'aime,

Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même

Ni tout à fait une autre, et m'aime et me comprend.

Car elle me comprend, et mon coeur, transparent

Pour elle seule, hélas ! cesse d'être un problème

Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blême,

Elle seule les sait rafraîchir, en pleurant.

Est-elle brune, blonde ou rousse ? – Je l'ignore.

Son nom ? Je me souviens qu'il est doux et sonore.

Comme ceux des aimés que la vie exila.

Son regard est pareil au regard des statues,

Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a

L'inflexion des voix qui se sont tues.

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Jaufré RUDEL (12ème siècle) – L’AMOUR DE LOIN

Lorsque les jours sont longs en mai

Me plaît doux chant d’oiseau lointain…Et quand je suis parti de là

Me souviens d’un amour lointain

Lors m’en vais si morne et pensif

Que ni chant ni fleurs d’aubépine

Me plaisent plus qu’hiver gelé…

Jamais d’amour ne jouirai

Sinon de cet amour lointain

N’en sais plus noble ni meilleur

En nulle part, ni près ni loin.

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